Auteur : Rudolf Steiner Genre : , Mots-clés :
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Il peut paraître étrange que l’anthroposophie s’occupe de l’éducation pratique de la pensée, car, pour ceux qui ne considèrent que l’extérieur, l’anthroposophie apparaît trop souvent comme une doctrine étrangère à la vie et contraire à toute utilisation pratique. Mais cette opinion ne résiste pas à la critique. En vérité les considérations qui vont être exposées dans ce petit ouvrage doivent servir de guide dans les détails de la vie quotidienne la plus terre à terre. Il s’agit de trouver à tout moment une réserve de sentiment et de force d’âme qui nous rende, dans la vie, plus solides et plus forts.

Les gens qui se nomment pratiques s’imaginent agir d’après les principes les plus pratiques. Mais si l’on pénètre les mobiles de leurs actes, on découvre que ce que l’on appelle la pensée pratique ne mérite pas le nom de pensée, mais consiste bien souvent pour eux à vivre d’expédients, en se servant de jugements et d’associations d’idées entièrement acquises. Considérez objectivement la pensée de l’homme pratique, ce qu’on appelle l’esprit pratique, et vous trouverez qu’il n’y existe d’autre élément pratique que le fait d’avoir pratiqué certaines leçons. On s’approprie la pensée du professeur, la pensée de celui qui a auparavant fabriqué tel ou tel objet, et l’on s’en accommode. Et quiconque dirige sa pensée autrement est considéré comme un homme dépourvu de sens pratique, puisque sa pensée ne concorde plus avec les habitudes acquises du plus grand nombre.

Cependant toutes les fois qu’on a découvert quelque chose de réellement pratique, la découverte a été l’oeuvre d’un homme qui, à première vue, n’avait rien qui le désignât pour cela.

Prenez comme exemple nos timbres-poste. On imaginerait aisément que c’est un spécialiste de l’administration postale qui les a inventés. Il n’en est rien. Au commencement du dernier siècle c’était toute une affaire que d’envoyer une lettre. Il fallait se rendre dans un lieu spécial, se faire inscrire dans un registre et se soumettre à toutes espèces de formalités. L’affranchissement des lettres tel qu’il existe aujourd’hui ne remonte pas à plus de soixante ans et les timbres ont été inventés par un homme qui n’avait rien à faire avec les postes, l’anglais Hill. Le ministre spécial chargé des postes déclara au Parlement anglais que, d’après lui, cette simplification n’augmenterait pas le trafic, comme le supposait M. Hill et que, si cela arrivait par malheur, la conséquence serait que l’office des postes de Londres deviendrait insuffisant.

Ce grand génie pratique n’avait pas pensé un instant que c’était au bâtiment à s’agrandir en raison du trafic, et non au trafic à se réduire aux dimensions du bâtiment. Il s’est pourtant passé ce fait que l’homme impratique a eu le dessus sur l’homme pratique, et qu’aujourd’hui il nous paraît tout naturel que les lettres soient affranchies par les timbres qu’on y appose. …

 

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